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Objet : Dernier jour à Rosario, découverte du
jardin aux oiseaux, et départ pour San Bernardo. Photos : différentes espèces
d'oiseaux. Impossible de trouver le nom de chacun (mon livre sur les
oiseaux du monde ne les recense pas) si les lecteurs reconnaissent certains
d'entre eux, vous pouvez nous écrire pour nous donner des indications : etoiledelune {CHANGE TO AT} gmail {DOT} com
Fin de message :
détails sur la navigation du jour.
 Bonjour,
Je vous disais, que Rosario me faisait penser à l'Afrique, un air de
Casmance... L'impression est encore plus tangible lorsque nous descendons à
terre. Hier, nous nous sommes décidés pour le dernier jour dans l'archipel,
d'aller voir ce jardin dont nos collègues marins nous parlaient. Nous hésitions,
car les oiseaux en cage, ce n'est pas notre truc...
Pour s'y rendre,
trois manières.
Simon propose un tour de l'île. Une visite de parc et
même s'il est de bonne humeur, un repas préparé par sa femme. Il vous chargera
environ 20 000 pesos par personne, plus la surveillance de l'annexe par les
enfants (10 à 20 000 pesos) plus l'entrée du parc, malgré que le riche
propriétaire de celui-ci n'a d'autre ambition que de partager en libre
accès sa passion exubérante pour les oiseaux rares. Addition pour 3
personnes : autour de 90 000 pesos soit près de 50 dollars (sans le
repas). Notre Simon a le sens des affaires !
La solution la plus
simple : par le rivage. A l'ouest de la Rive-Sud de Isla Grande, l'île la
plus septentrionale de l'archipel, vous trouvez une porte en bois, un
demi-battant qui reste ouvert en permanence sous les raisiniers et les
cocotiers. Une planche gravée d'une plume bleue et l'indication "la palmeria"
vous guidera. Vous entrez... Vous serez directement en contact avec les
autruches. Heu... Pardon, les émeus d'Australie. Elles ont de gros yeux curieux,
elles ondulent du cou et viennent à vous avec douceur. Vous êtes au pays des
oiseaux. Mais... le seul petit souci, c'est que vous ne pouvez pas assurer votre
annexe. Il faut donc vous faire déposer. Ou... laisser votre annexe à la bonne
volonté du hasard (?)
Troisième solution, vous laissez votre annexe au
ponton du petit restaurant LIZAMAR, assurez là avec un cadenas. Vous demandez à
la propriétaire si vous pouvez aller vous balader et lorsque vous reviendrez,
vous lui prendrez une boisson en dédommagement du stationnement de votre annexe.
Coût de l'opération 2500 pesos. Vous sortez par la porte grillagée, vous longez
la cage aux perroquets... Attention, ce n'est pas ça, le jardin aux oiseaux,
seulement un avant-gôût. Il vous faut d'abord pénétrer dans l'île.
Et
là... Là, vous changez de monde.
Un sentier
mal défini, parcouru de fil électrique à nu... (Attention ça doit piquer
lorsqu'il pleut!), s'entortille autour de cases. Certaines sont mignonnettes,
vernies, en bois rond avec des volets, on la verrait presque dans la forêt des
Alpes. Plus loin, une case, faite de bois ramassés à la sauvette, elle n'est pas
d'équerre, des tôles mal phagocytées recouvrent l'ensemble qui s'envolerait à la
moindre pichenette de vent. Personne ne semble avoir faim, les arbres fruitiers
sont généreux, les papiers donnent de beaux fruits ronds, les calebassiers
attendent leur heure, les haies de cocotiers fournissent à l'année longue. Il
n'en reste pas moins que le décor, caché derrière le littoral colonisé par les
jolies maisons de riches propriétaires, révèle une extrême pauvreté.
Vous hésitez à continuer?
Vous ne trouver pas le
chemin...
Non, ne prenez pas à
gauche, le chemin vous conduit droit dans la pénombre d'une case... Devant vous,
la végétation barre la route. Ce n’est pas par là non plus ! Une jeune
fille passe, vous lui demandez la "casa de los aves" et elle vous indique par de
grands gestes qu'il faut prendre à droite. Attention la tête, vous passez sous
le linge qui sèche sur des cordes tendues entre des arbres. Un chemin, là, bien
défini, vous mène dans la pénombre de la végétation.
Ne regardez pas
vers le marigot de droite, un chien mort, il y a peu, se fait dévorer par des
urubus à tête rouge. Des chiens, il y en a partout, des bébés si fragiles qu'on
se demande comment ils pousseront, des grands si faméliques qu'on devine que
leur vie est à l'image de celle de leurs maîtres. En ont-ils? Une clairière
s'ouvre, le chemin nous conduit droit dans la case d'une grand-mère, qui peste
de nous voir atterrir devant son foyer. Elle nous dépêche sa petite fille pour
nous conduire au jardin des oiseaux.
Nous n'aurions pas pu nous diriger
seuls, il fallait zigzaguer entre les arbres, passer devant le patio de Simon et
entrer par le demi-battant d'une porte ouverte à hauteur d'un marigot,
uniquement visible lorsque la petite fille nous pose devant ! De grandes
cages abritent des perroquets, des rapaces, des hérons... Un groupe électrogène
fonctionne au bois et couvre le jacassement des oiseaux. Un homme nous hèle, il
nous dit dans un grand sourire : "Adelante." (Entrez)
Nous passons sous les
grands réservoirs d'eau... Et là... Là... Nous sommes dans le monde des
oiseaux. Plusieurs centaines d'oiseaux sont choyés, nourris, abreuvés...
Mais en cage. On ne peut tout avoir... Certains ne semblent pas
malheureux, la plupart d'entre eux sont curieux de notre présence. Lorsque nous
approchons, ils se dépêchent de venir vers le grillage, ils passent le bec et
tentent de picorer mon appareil photo. Je n'y risque pas mes doigts. Ils sont
vifs comme l'éclair. Ils prennent tout ce que je leur tends. Feuilles, bâtons...
Visiblement une visite leur change les idées. L'un d'eux, dont je n'ai
malheureusement pas trouvé à quelle famille il appartient, se conduit en réel
petit chien joueur. Il attrape des bouts de bois, et nous les apporte. Je fais
un test. Je lance un bâton. Il court le chercher et revient au grillage, le
déposant à ses pieds... et aux miens. Incroyable.
L'étonnement se balade
d'une cage à l'autre. Nous sommes en fin d'après-midi, la chaleur n'est plus
oppressante, les oiseaux se réveillent, ils sont effervescents. Si ce moment
n'est pas le meilleur pour faire des photos, il l'est assurément pour observer
le comportement des oiseaux. Certains brillent par leur plumage chatoyant. De
vrais personnages de carnaval. L'année prochaine, les Miss de Carthagène
devraient les engager. D'autres nous intriguent par leur étrangeté. Je me
demande même comment, ils se débrouillent dans la nature. Ils arborent des
bosses sur le plastron, sur le coup, sur le bec ou n'importe où sur leur
anatomie, leur donnant des airs de malfinis. D'autres se donnent
des allures de noblesse, haut perchés sur leurs pattes le bec snobe.
Certains, par leur nom, décontenancent : Sarcoramphe Roi, Cariama huppé,
savacou, bihoreaux, Tantales, Marabout d'Afrique.
En
tout cas, la question est : comment tout ce petit monde, venu des quatre
coins de la planète, est arrivé jusqu'ici ? Cette volière est
représentative de la diversité de la faune de Colombie. Avec le Panama et le
Costa Rica, ces trois pays réunissent la plus grande diversité au monde. La
plupart des oiseaux viennent donc des environs, mais certains ont fait un long
trajet, comme les émeus d'Australie, ou les Kétoubas malais.
Rosario,
quel archipel singulier que Rosario ! Une âme africaine, sa pauvreté et
son extravagance réunies sur des bouts de terre pas plus grands que la main à
l'échelle de la planète. Je ne peux m'empêcher une question... Elle est sans
doute trop facile, mais je la pose quand même... Tout cet argent pour enfermer
des oiseaux, ne serait-il plus utile en dehors des cages?
Tout notre
amitié marine Nat et Dom
Quelques détails pour la navigation
du jour
Navigation vers le sud : 25 milles nautiques jusqu'à San
Bernardo Météo :vent de sud-ouest, 10 à 15 noeuds, mer courte de moins d'un
mètre
Prévisions : peu de vent de
NNE, la dépression colombienne traverse le golfe Darien, et contrarie les vents
dominants.
Départ à 10H30 heures
locales, soit 15 heures 30 TU.
Condition à bord : près bon
plein, grand-voile/génois, tribord amure
Cap :180° Température de
l'air : 28°C à 7h du matin Température de l'eau :
29°C
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