Marquises_Tahuata_climat marquisien_200

EtoileDeLune
nathalie & dominique cathala
Sun 6 Jun 2010 01:35
Objet : Régime marquisien : rafales au menu et système D du capitaine.

Bonjour,

Avant d'arriver aux Marquises, le navigateur sait qu'il aura à mouiller dans des baies houleuses et soumises aux rafales. C'est le tribut d'une visite approfondie des lointaines îles pacifiques.

Depuis notre arrivée dans l'archipel, nous n'avons pas à nous plaindre du logement. Il est vrai qu'à Hanavave, la houle de sud pénétrait dans l'anse, c'était une longue respiration qui nous soumettait à un balancement... une oscillation. L'Etoile changée en berceuse. Et puis, il n'était pas étonnant que les rafales s'insinuent dans le labyrinthe de vallées gigantesques qui s'évasaient sur le mouillage. Avec des sommets qui culminent à plus de 900 mètres, c'est normal. Cependant, nous avons été étonnés de ne pas subir tant de jours désagréables que nous le pensions au préalable. Nous avons eu droit à quelques jours de houles, un jour de rafales sans pouvoir quitter le bateau, c'est tout!

A Tahuata, nous mettons au point une nouvelle définition du mot tranquillité. Il y a beaucoup moins de monde, et l'effet «camping» a diminué au même rythme que l'effet «manoeuvre» au mouillage a augmenté.

Je m'explique. Le mouillage paraît grand, à l'oeil. Pourtant, il n'accepte pas tant de bateaux que ça. Nous avons, à la faveur de désistements inopinés des collègues navigateurs, trouvé la seule place sur fond de sable de bonne tenue. Partout alentour, c'est de la caillasse dans laquelle la chaîne se prend à force de tournicoter dans les rafales.

L'effet catabatique se manifeste ici d'une bien drôle de manière. Les alizés bien réveillés soufflent à une vingtaine de noeuds au large et bien sûr ils viennent de l'est. Pourtant, notre Etoile s'obstine à pointer son étrave vers l'ouest. Aurait-elle de fâcheuses envies d'avancer plus loin?
Elle obéit à une curieuse déformation des vents. Dans la vallée à notre nord, le vent s'engouffre et prend de la force, il fait le tour de la pointe qui nous abrite d'elle et revient de l'ouest. Nous sommes donc tournés face au large et le dos au vent dominant qui ne parvient pas à passer le mur de montagne qui nous sépare de lui. Pour le moment pas de houle de sud-ouest, ce qui nous permet de rester face au grand océan, fiers et droits et soumis au clapot engendré par le vent de retour.

Pour nous prémunir de tout roulis, nous nous étions installés, une ancre à l'arrière, et avions laissé filé à l'avant 70 mètres de chaînes. Nous aimons les nuits de sommeil non perturbé!

Ce matin, les rafales ne venaient plus du large, mais par le travers, déboulant de la falaise peu élevée qui nous sépare de la gorge à rafale voisine. Nous nous prenions des claques à 32 noeuds en max. Décision est prise de reprendre l'amarre arrière sur l'avant. Et nous voici au moment où un beau catamaran anglais arrive dans la situation où nos deux ancres sont à l'équerre de l'étrave. Je me demande si dans le cours des glénans, ils l'ont prévue celle-là? Cet Anglais a dû penser "those froggies... still amazing!!!" ou quelque chose de plus vert dont je n'aurais pas appris le vocabulaire en classes???

Herureusement le catamaran ne trouve pas le mouillage à son goût et repart voiles en ciseaux vers les Tuamotu. Choix judicieux en cette saison des pluies. Ha oui... j'oubliais de vous parler de la pluie. C'est très drôle à voir! Elle vient de l'est (forcément!) et nous la recevons deux fois. La première lorsqu'elle passe la montagne, elle tombe droit sans vent. Puis, elle revient de l'ouest avec ses rafales et son rideau tendu à l'horizontale par les rafales.

Du jamais vu! Et puis nous ne connaissions pas les rafales à directions multiples, levant des nuages d'écume. On en apprend à tous les âges!

Au moment où je vous écris, les rafales sont comme des pochettes surprises, elles viennent du Nord, du Sud ou de l'Ouest... Un spectacle permanent! Dom vient de récupérer l'ancre arrière, nous avons lâché un peu plus de chaîne. Dom est allé voir l'ancre en masque-palmes-tubas et cette brave fille n'a pas bougé d'une oreille malgré les mauvais traitements depuis 24 heures!

Au retour, Dom a été accompagné par un requin «pointe noire»... Brouh! Je préfère les dauphins, mais ils sont timides depuis 3 jours. Nous les voyons, mais ils ne s'approchent plus. Peut-être craignent-ils que monsieur "Pointe Noir" ait trop d'appétit. C'est qu'ils y a beaucoup de bébés dans la famille dauphins!

A plus pour d'autres nouvelles trépidantes du bord
Nat et Dom
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