Bonjour,
Depuis les fêtes de Noël, il y a quelques perturbations dans les
mouillages de l'île toute proche de Moorea. Bon nombre de copains
sont partis pour les fêtes dans la petite île soeur de Tahiti.
Malheureusement, six bateaux ont eu a déplorer, en une seule nuit,
dans le même mouillage, des disparitions ennuyeuses. Pour les uns
ce sont les nourrices pleines d'essence, pour les autres les
moteurs d'annexe, voire les rames, les chaussures... Tout est bon
à prendre, et il semble que des petits "plaisantins" fassent leur
marché de Noël sur les bateaux. Ils profitent du premier sommeil,
pour se glisser sur les ponts, et chaparder tout ce qui les
intéresse.
Ce matin, un article complet est sorti sur "La Dépêche de Tahiti".
C'est le journal quotidien diffusé dans toute la Polynésie.
L'article est long, avec force de photographies et de détails sur
les "cambriolages" qui ont lieu depuis quelque temps à terre,
comme en mer. Elle titre en première page : " Moorea : Les
voiliers devenus la cible des cambrioleurs".
Si je vous raconte tout cela, ce n'est pas pour pointer du doigt
ces malheureuses histoires, mais pour exprimer les sentiments que
m'inspirent ces diverses affaires. Venant des pays latinos, où
nous avons vécu quatre ans, nous trouvons sincèrement que la vie
en Polynésie est très, très cool d'un point de vue de la sécurité
des personnes et du matériel en général. Il est vrai que dans les
pays plus démunis, nos bateaux représentent de réels
coffres-forts. Outre le bonheur de vivre libres sur l'eau et notre
passion du voyage, cela n'empêche qu'un dilettantisme exacerbé est
un "crime". Je l'ai écrit maintes fois déjà, mais les équipages
en route sur les océans, sont les premiers responsables de ce qui
leur appartient! Où qu'ils soient!
Après ces années de vigilances dans les pays dits "pauvres", en
arrivant en Polynésie, la surveillance n'est plus systématique, la
confiance s'installe... Et tôt ou tard nous offrons la trop belle
occasion, à celui qui, en fin d'année, s'offre son petit cadeau!
Dans tous les pays du monde, décembre et janvier sont toujours
délicats d'un point de vue de la sécurité matérielle.
Outre l'aspect nautique, j'aimerais soulever le problème humain de
l'insularité. Chaque île de Polynésie est un microcosme. Un
landerneau insulaire, un minimonde où chacun se connaît. Au sein
d'une même île, les habitants se tiennent les uns les autres...
"Collés serrés ", comme dit la chanson. La promiscuité n'est pas
tant physique que morale. Certaines îles ne sont composées que
d'une voire deux familles (des grandes familles!). Les différends
n'éclatent jamais au grand jour, car la vie serait intenable. Ici,
les non-dits sont plus lourds et plus opaques que partout
ailleurs. Tout le monde sait, mais personne ne parlera. Non pour
protéger celui qui a fauté, mais par la honte qui rejaillit sur
tous, de ce qu'il a fait. Comment faire autrement, lorsque tous
les jours on vit les uns à côté des autres. Lorsque depuis le
premier jour de la vie, jusqu'au dernier, on croise les mêmes
regards, les mêmes âmes?
Depuis que nous sommes en Polynésie, nous avons observé plusieurs
cas aussi inconfortables les uns que les autres. Aux Tuamotu, deux
îles soeurs, que je ne nommerais pas, partagent des destins
semblables. Deux grandes familles règnent sur toute l'intendance
de ces deux îles. Elles deviennent politiquement plus puissantes,
par la voie des élections. C'est ainsi que les places de salariés
sont distribuées au sein d'un même nom... Et que la progéniture,
née dans le sérail, lassée du quotidien répétitif s'en prend aux
bateaux de passage. Tout le monde sait qui c'est, mais personne ne
peut rien y faire, autour des chérubins, un oncle est policier, un
autre est maire, un troisième s'occupe des travaux départementaux.
Les autres familles grognent, elles doivent fermer les portes de
leur faré, les cadenas commencent à faire leur apparition... Mais
personne n'y peut rien, ce ne sont encore que de petits larcins,
où les plus jeunes de la plus petite île rivalisent d'ingéniosité
avec les "déjà plus grands" de l'île voisine.
Aux Marquises, dans une toute petite île, nous avons eu vent
d'affaires qui empoisonnaient la vie tranquille des 586 habitants.
Après un ras-le-bol général, la famille fautive a été pointée par
580 doigts, puis elle a été poussée vers le rivage, embarquée sur
le premier bateau de passage, avec interdiction de remettre les
pieds sur la terre natale. Entre l'ostracisme et le silence... Que
choisir?
Et puis, plus récemment, voici le cas de Moorea. J'imagine que
toutes les familles de l'île sont bien embêtées que la vérité
éclate ainsi en première page du journal le plus lu de toute la
Polynésie. Je pense que cette publication accable d'opprobre
toutes les familles. Le sentiment sur cette si jolie petite île
doit être général à cette heure... La honte, pire que toute autre
punition. Malheureusement, elle rejaillit sur tout le monde, pour
les agissements d'une petite poignée de mal élevés. Mais, il
semble que ce sera une grosse leçon, et que cela calmera les
esprits, et certainement que le silence, d'habitude si épais,
grondera de coups de tonnerre bien assénés.
Je pense que les Occidentaux qui lisent ces lignes doivent
sourire. Cela fait déjà bien longtemps que nos sociétés n'ont plus
de tels sentiments, que la morale ne fait plus partie de nos
valeurs. Mais, ici, cela fonctionne encore, car l'insularité les
protège d'une délinquance qui rendrait leur paradis infernal!
Gageons que chacun en tire la bonne leçon. Que les navigateurs
prennent plus soin de leurs effets (cadenas et relever l'annexe)
et que la population concernée prenne conscience que cette
publicité leur fait du tort.
A plus, pour d'autres nouvelles des îles
Nat et Dom
www.etoiledelune.net
|