Curaçao Octobre 2009
Sujet : Sully, la baleine sauvée de l'échouage, les spécialistes et les
marins se relayent à son chevet
Le 16 juillet dernier, un baleineau s'est échouée sur un plage au Sud de
Willemstad.
Dans son malheur, il a eu de la chance. Il a choisi de s'échouer sur la
plage du plus bel hôtel de l'île et à moins d'un demi mille du Sea
Quarium. Immédiatement, les clients de l'hôtel se mettent à l'eau et
tentent de repousser la baleine vers le large. Ils y arrivent une
première fois, mais les vagues repoussent la baleine sur le récif qui la
blesse. En réalité, elle est épuisée.
Le globicéphale, nommé ainsi en raison de sa tête en forme de globe, est
un mammifère marin grégaire, de l'ordre des Cétacés Odontocètes, faisant
partie de la famille des delphinidés. Il prend le noms de globicéphale
Tropical, de Black fish ou de Baleine pilote. C'est une baleine à dents
qui mange du poisson. Cette espèce est non migratrice et séjourne en
permanence dans la mer des Caraïbes.
Le baleineau ne peut vivre sans sa famille. Les globicéphales chassent
en groupe d'une dizaine à plus d'une centaine d'individus et se
nourrissent ensemble. Leur vie est très hiérarchisée. Les femelles et
leur petits vivent en général au centre du groupe qui suit un mâle
dominant censé trouvé la nourriture et défendre la famille contre les
prédateurs : essentiellement les orques et les requins. Le mâle dominant
en raison du stress occasionné par ses responsabilités affiche une
longévité moins grande que celle des femelles : 40 ans pour le mâle,
contre 60 ans pour les femelles. Femelles et mâles pourvoient à
l'éducation des enfants. Ceux-ci restent de gros bébés jusqu'à 9 ou 14
ans, âge auquel ils peuvent assumer la reproduction de l'espèce. Ils ont
un instinct de solidarité très développé, car jamais, ils n'abandonnent
l'un des leurs. Si l'un d'eux est malade ou blessé, ils s'arrangeront
pour l'entourer et faire en sorte qu'il se rétablisse au sein du groupe.
Ils sont si proches les uns des autres, qu'ils vont jusqu'à mourir
ensemble. Nous avons tous en mémoire, ces centaines de globicéphales
échoués sur les plages d'Australie. Qu'est ce qui fait qu'à un moment,
ils décident en masse de se jeter à la côte? Ces animaux sont très peu
étudiés, très peu connus... Impossible de comprendre pourquoi ils
s'échouent en groupe...
Encore moins compréhensible : comment ce gros garçon de 3 ans a pu
s'éloigner du groupe?
Pourquoi est-il seul? Que lui est-il arrivé?
Personne ne sait. Le baleineau n'était pas particulièrement blessé quand
il fut trouvé. Il aura été éloigné par une tempête et le sonar étant de
portée réduite, il n'aura plus entendu les siens l'appeler? Ou alors
certains experts pensent que les sonars (humains) à moyenne fréquence
peuvent provoquer une surdité temporaire des baleines. Quelle que soit
la cause, le résultat fut un éloignement du groupe et l'impossibilité de
se nourrir seul. La seule chose que nous savons est qu'il est arrivé
complètement anémié. Seul il mourrait de faim, raison pour laquelle il
s'est échoué sur la plage.
Fallait-il au nom de "il faut laisser la nature jouer son rôle" le
laisser là?
Du côté des humains, impossible de laisser cette bête mourir de faim. Le
Sea quarium est mis en alerte. Immédiatement, les spécialistes se
mettent en rapport avec le centre de San Diego qui héberge déjà des
baleines pilotes, dont quelques femelles. Sur Curaçao, le sauvetage
s'organise. Le choix est fait de laisser la baleine dans la baie où elle
est arrivée. Les bassins du sea quarium sont trop petits pour elle. Un
bassin de fortune est construit. Des pontons flottants, des filets, des
cordages font l'affaire. La proximité de l'hôtel est une chance. Un
ponton s'avance sur l'eau, pour la surveillance, il est idéalement
placé. Pour les veilleurs, un lit à baldaquin, protégé du soleil est mis
en place. La nuit, l'éclairage de l'hôtel permet une surveillance aisée.
Tout est en place, le couffin du bébé est là. Il ne manque plus qu'un
nom....
Sully, il s'appèlera Sully, comme le pilote qui, avec brio, a sauvé son
avion en atterrissant sur la rivière Hudson.
Sully mesurait à son arrivée 10 pieds 40 pouces... Sa taille adulte sera
de 6 à 7 mètres,voire 8 mètres. C'est le plus gros des dauphins et la
plus petite des baleines. Son poids normal est de une tonne lorsqu'il
est jeune et de quatre tonnes à taille adulte. Le globicéphale chasse
les seiches et les calmars. Il s’attaque à des bancs entiers afin de
pouvoir en attraper un maximum. Le reste de son menu est composé de
poissons comme la morue ou le maquereau. Lorsque Sully sera adulte, il
pourra peser jusqu’à 4 tonnes, et il aura besoin de 50 kg de nourriture
par jour.
Dans les premiers jours, Sully est loin des canons de beauté des
globicéphales. Il est si maigre que les peaux retombent et font des plis
si crevassés qu'au début, il fut impossible à l'équipe de déterminer son
sexe. Les prises de sang révèlent qu'il manque de tout, il est anémié,
mais bonne nouvelle, il ne présente pas de pathologie grave.
Selon les conseils des spécialistes de San Diego, un régime de choc est
mis en place. Une partie de la cargaison de harengs, venus de Hollande
pour les dauphins du sea quarium est mis de côté pour Sully. Il lui faut
18 kilos de poissons par jour. Vue la quantité, l'équipe tente de lui
offrir des poissons de la Caraïbe. Après tout, il n'avait pas le
précieux hareng au menu, lorsqu'il était en pleine mer... Mais ce grand
garçon a pris goût au poisson riche en goût et bien gras.
"Non, non, non! Je ne veux rien d'autre! Du hareng sinon rien!"
Il le vaut bien. Ses chances de survie étaient infimes. Mais grâce à la
détermination et la vitesse de réaction du sea quarium, deux mois après
son échouage, il est en vie. Il est là, grossi attendant quatre fois par
jour sa ration de harengs. Afin qu'il reprenne sa masse musculaire et
non du gras sans bouger, George qui est "sa nounou" préférée, lui a
appris à suivre un seul et unique bateau : le sien!
Une barque munie 500 chevaux. Chaque matin à 6h30, George part avec
Sully au large. Sully, saute, se frotte à la barque, "court" sur
l'eau... Ses sorties se passaient si bien, que George un matin, voulut
laisser Sully au large et le rendre à sa vie sauvage. A fond les
manettes, les 500 chevaux l'ont poussé à 45 noueds... Sully a réagi en
un quart de seconde, il a suivi la barque. George me disait, qu'il a
arrêté la course car il sentait à quel point Sully le suivait
désespérément. A présent, chaque matin, la petite sortie se fait en
confiance.
Notons au passage que les dauphins du sea quarium ont aussi droit, une
fois par semaine, à une sortie en groupe. C'est l'occasion pour les
dauphins en captivité de rencontrer d'autres groupes en liberté. Les
dauphins du sea quarium font partie de l'acadamie des dauphins, elle
permet, par un programme de nage parmi ces mammifères marins, des
traitements extraordinaires prodigués aux enfants handicapés .
Revenons à Sully.
L'équipe du sea quarium et en particulier Georges sont complètement
épuisés de cette expérience. Il faut dire que George a le droit par la
société qui l'emploie de passer trois heures, dans sa journée de travail
à soigner Sully. En réalité, il faut rajouter entre 3 et 6 autres heures
passées à surveiller "the big kid" comme il l'appelle. Il prend ces
heures supplémentaires sur son temps de loisir. Pour tout dire, George
ne vit plus que pour Sully. Il faut les voir ensemble... C'est touchant,
comme Sully vient chercher les câlins de George. Ce dernier disait qu'il
tentait le moins possible de le toucher, mais, Sully est très demandeur.
En raison de ce travail de longue haleine, l'équipe a demandé de l'aide
sur l'île. Le net de Curaçao a diffusé des annonces, afin de mobiliser
les bonnes âmes. Les équipages en escale à Curaçao se sont mobilisés en
masse!
Le rôle des bénévoles?
Rester au chevet de Sully, en bordure de sa piscine. Veiller à ce qu'il
ne se coince pas sous le filet, ce qui l'empêcherait de remonter pour
respirer. Veiller à ce que personne ne plonge dans le bassin, ou que
personne n'envoie par mégarde des plastiques ou objets qu'il avalerait
et qui le tueraient. L'attirer hors des filets lorsqu'il y reste trop
longtemps, car les pontons en se rapprochant et s'éloignant par le houle
peuvent le blesser...
Dans le cas où une situation ingérable surviendrait, un téléphone
portable est laissé à disposition des nounous. Jour et nuit, les
spécialistes sont joignables et arrivent au plus vite pour venir en aide
à Sully.
Pour les bénévoles, qui choisissent de lui tenir compagnie, la veille
attentive peut, si Sully le décide, se terminer par une séance de
papouilles en règle...
Hé oui, Sully a compris que ses nounous étaient armées de balais
rallongés qui étaient là uniquement pour le gratouiller. On peut à
l'occasion, lui envoyer un ballon, des jeux suspendus, un planche de
surf pour l'occuper, car le petit, parfois, il s'ennuie...
Mais au ballon, il préfère les volées de tendresse. Dans ces moments-là,
il présente son dos courbé à nos pieds, ou mieux le ventre à l'air, il
attend! ...
Et là...
Il faut gratter, gratter, gratter.... hum que c'est bon!!!!
Attention toute fois, à gratter à l'arrière de l'évent, il faut éviter
toute la tête, et surtout ne pas frotter les yeux. Cette partie, si elle
était irritée serait très difficile à soigner.
Les moments privilégiés de la garde sont ceux du repas.
George arrive avec le poisson tout frais. Il se penche au-dessus du
bassin et Sully, vient cueillir les poissons, à la surface ou carrément
dans les mains de George.
Il en profite pour se faire câliner encore et encore...
Oui, oui je sais... J'insiste sur le fait que George est conscient lui
aussi, que tout cela interfère dans le cycle de l'animal... Et qu'il
faudrait que Sully reste sauvage. Je vous assure que tout est fait pour
qu'il reste le plus sauvage possible... Mais comment lui refuser des
câlins à ce petit?
Les risques?
Aujourd'hui, les nounous de Sully s'inquiètent. Tant de choses peuvent
arriver.
L'hôtel peut demander de récupérer l'espace alloué à Sully, car cela
réduit grandement l'aire de jeu de ses touristes. Il y a ensuite la
saison des cyclones qui peut amener des vents de sud-ouest et rabattre
les pontons flottants contre le mur et l'étouffer,
car la baie est ouverte au large. Déjà, au cours du premier mois, un
orage avait pendant la nuit fait souffler des vents contraires de 35
noeuds et l'avaient mit en péril. Dans le cas d'une tempête prévue,
l'équipe envisage un autre bassin, qui se situe plus au nord, qui serait
plus protégé... mais moins ouvert à la mer. Pour le moment, ils
préfèrent laisser Sully avec une vaste vue sur l'horizon!
Et la suite me direz-vous?
L'hélicoptère des gardes-côtes s'est transformé en patrouille de
recherche de famille perdue. Des études ont montré que les groupes de
globicéphales gravitent souvent
autour d'une même région. Des parcours en étoile autour des îles ont été
étudiés. La famille de Sully, n'est pas migratrice, elle vit en
permanence dans la mer des Caraïbes. Espérons simplement que son aire de
jeu ne soit pas trop grande et que rapidement, Sully retrouve la vie
sauvage. Tout est prévu pour son départ. Dès qu'il sera rendu à la vie
au large, il portera une balise satellite, qui permettra aux chercheurs
de le suivre. D'abord pour savoir s'il se réintègre. Ensuite, pour
étudier le déplacement du groupe. Car le globicéphale est mal connu.
Peut-être que Sully deviendra l'emblème de sa race et nous permettra de
sauver plus facilement d'autres cas comme le sien? Peut-être est-il là, en
porte-parole des globicéphales et que grâce à son étude, les hommes
commettront moins d'erreurs et agiront moins sur son écosystème pour lui
laisser vivre de paisibles années dans l'océan.
S'il ne se réintègre pas?
Hé bien, le centre de San Diego est prêt à affréter un avion pour
l'emmener vers le sea quarium américain. Il finirait alors ses jours
dans les bras d'une femelle qui est à peine plus âgée que lui et qui
serait heureuse de trouver un petit copain. Cette solution est la
dernière extrémité, car vous imaginez le coût de l'opération!
Message d'espoir.
Quoiqu'il se passe pour Sully, je suis confiante. Il a eu tant de chance
jusqu'ici.
Il était improbable de le sauver et il a survécu. Il aurait pu s'échouer
sur le continent, en face au Venezuela ou plus loin en Colombie, et il
aurait servi de pâté pour chien ou tout
simplement de nourriture pour les villages. Il se serait échoué ailleurs
sur l'île, il serait déjà mort Non, tout cela n'est pas arrivé, il a
traversé avec ses nounous tant de périls que cette histoire ne peut se
finir ainsi.
Ce n'est pas possible!
Voici avec ce message une série de photos.
Une vidéo sera mise dans le site
http://www.etoiledelune.net et d'autres
photos encore, car je ne peux m'empêcher en le veillant de le prendre
sous toutes ses coutures, il est trop mignon...
Je remercie chaleureusement George qui n'a pas épargné son temps pour
m'expliquer cette foule de détails et nous mettre le pied à l'étrier en
tant que nounous de Sully.











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