navigation vers Marquises_jour18_naissance dune constellation d iles_184
EtoileDeLune
nathalie & dominique cathala
Wed 5 May 2010 23:51
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10:26.47s 135:21.16w
Position à 23 heures Temps universel Soit 14 heures locale (zulu) Conditions : Pas confortables du tout, du
tout!!!
Vent :E 20 soutenus Mer : 12 à 15 pieds courtes à 5 ou 7 secondes (impossible de vous dire d'où elle vient, au juger, vagues
d'est, de sud sud ouest, et même de Nord est... c'est vous dire le bouillon
désordonné)
Temps :ensoleillé Navigation : accrobatique (vous l'aurez
compris)
Nombre de milles en 24 heures: 121 Nombre de milles parcourus :2809 Nombre de milles restant : 241 Cap suivi: 270° Allure :vent arrière ralenti (2ris grand voiles afin de ne pas arriver de nuit, mais au matin) Vitesses :5 noeuds sur 24 heures Temps estimé d'arrivée : vendredi matin Observations : un fou brun, océanite à
ventre blanc
Sujet du jour :
Naissance d'une constellation d'îles : la vie des îles du Pacifique, de leur naissance à leur mort Kaoha,
Depuis 18 jours, vous vivez le large comme si vous y
étiez. Aujourd'hui, laissez-moi vous conter, non comment on arrive aux
Marquises, mais comment les Marquises sont arrivées jusqu'à nous. Poussières de
terres au milieu de l'océan, elles sont nées, il y a moins de deux millions
d'années.
Certains navigateurs ont cru que la Polynésie était
une réminiscence d'un continent englouti!
Rien n'est plus faux.
Au tout début de la vie du Pacifique, il 'y avait rien. Rien du tout. Pas un bout de caillou pour perturber le flux des rouleaux d'écume qui grondent sur un océan occupant un tiers de la surface de la planète. L'Océan vierge de toute terre ne l'était qu'en surface, car la naissance d'un monde se préparait dans les abîmes. Les premières éclosions d'îles datent d'il y a 75 millions
d'années.
Elles trouvent leur creuset au sein des chaînes de volcans sous-marins. Celles-ci se situent en lisière des plaques lithosphériques majeures. Mobiles, ces plaques forment le plancher océanique. A la faveur de déplacements de ces couches rigides, des fissures se dessinent. Par elles, s'échappe le magma, qui circule sous les plaques lithosphériques. C'est ainsi que sont engendrés les points chauds de notre planète. C'est là que naissent les chaînes de volcans, c'est là que débute l'ascension de nouvelles terres. A la sortie du giron de la Terre, bébé volcan pleure de
lave et pousse en forme de dôme vers le ciel. Il n'est pas enfant unique et pour
donner l'occasion à sa Mère la Terre de procréer toute une famille, il se laisse
guider par les courants des rivières magmatiques et s'éloigne de son berceau. Au
cours de son long voyage, il quitte le lit de lave et entame son odyssée dans
l'océan. Peu à peu, il se refroidit, ce qui attire des nouveaux compagnons.
Ceux-ci ne le quitteront plus de toute sa vie. Dans un premier temps, ils
favoriseront l'essor du volcan. Mais leur influence ne sera pas que bénéfique,
car imperceptiblement ses compagnons conduiront l'enfant prodigue à sa perte.
Ses compagnons font partie de la grande famille des
facteurs érosifs. Au gré des vents et des pluies, le volcan quitte son apparence
de dôme fumant et se transforme en une belle montagne verdoyante. Ses flancs
s'adoucissent, ses courbes se modèlent, ses contours se creusent en vallées
généreuses, des baies profondes s'ouvrent. Ces dernières capturent la moindre
source de vie. Ses charmes attirent la gent ailée qui transporte une grande
diversité d'insectes, et de graines. Ceux-ci aident la belle montagne
adolescente à se parer de la plus luxuriante des végétations. Les animaux
s'échouent sur ses rivages et profitent de ses richesses. Les humains trouvent
dans ses terres émergées du milieu du désert des océans des oasis où il fait bon
vivre.
Notre montagne adolescente qui plonge ses falaises dans
l'océan, poursuit son chemin, et quitte le bel âge pour acquérir plus de
maturité. Ses inséparables compagnons fertilisent ses terres, mais leur
insatiable appétit grignote des pans entiers de son âme et les jette à l'eau. Le
volcan s'affaisse dans l'océan et forme un socle immergé. Celui-ci baigné de la
lumière du soleil attire à lui de nouveaux organismes que sont les
madréporaires. Rapidement, ils colonisent les tombants sous-marins et ils
construisent des barrières de corail. Ceux-ci encerclent l'ancien volcan et
engendrent un nouvel écosystème qui attire à lui un regain de vie. Notre île est
au coeur de l'âge adulte.
Malheureusement, rien n'arrête le temps, et même si la vie
d'une île se compte en millions d'années, celles-ci conduisent inéluctablement
vers l'étape ultime. L'enfant volcan n'est plus qu'un lointain souvenir.
Lentement, sous le poids des pluies et des vents il se rabougrit. Il s'efface
devant les éléments et se laisse submerger par les flots. Il ne reste de lui
qu'un tas de sable frangé de cocotiers affleurant la surface du lagon. Seul
l'anneau de corail témoigne de ses splendeurs passées. Il n'est plus l'ombre de
lui-même. A la merci des éléments, une tempête plus forte détruira son anneau
protecteur, ce sera la fin...
La mort de ce que fut une perle au sein d'une
constellation d'îles.
Au coeur du Pacifique, la famille toute entière des îles
pleure sa disparition et prépare la succession. Les Marquises adolescentes
vivent leur Eden dans l'insouciance égoïste de leur jeunesse. Il est vrai que
leur mort n'est prévue que dans une soixantaine de millions d'années. Elles
toisent leurs aînées, les îles de la Société, qui par contre entrevoient ce que
sera leur troisième âge au travers du vécu de leurs voisines les Tuamotus.
Celles-ci brillent de leurs derniers feux. Mais l'étincelle de vie est toujours
fringante au coeur de leurs lagons.
Ainsi en est-il de la vie des îles, imperceptible à l'aune
de celle des hommes.
A demain, pour la dernière journée de
navigation.
Nat et Dom
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