La traversée est comme on l’attendait, une mer belle à
peu agitée, un vent doux alizé de 11 à 15 kt, un peu juste pour le bateau qui
aimerait mieux 15-17 pas plus et qui avance à 5,9-6,5, plutôt moyen comme allure
à coté des 7-9 des premières 24h à la sortie des iles du cap vert.
Le
générateur me donne toujours du souci, il ne tourne que 50 mn et je dois l’aérer
et l’ouvrir. Dès qu’il est moins chaud au bout de 2-3 heures je dois le refaire
marcher car la batterie descend à 50% maximum de décharge admissible. J’espère
qu’il va tenir comme ça jusqu’au bout car sinon ce sera le dilemme moteur de
propulsion pour charger versus économie de gasoil pour traverser les doldrums
(ZITC), je compte sur cette période pour charger un max les batteries, après on
y verra plus clair sur les réserves de GO.
L’ambiance à bord est super, les
quarts sans pb, j’ai fait une très bonne nuit, un quart de 3h de 18 à 21 et un
autre de 6 à 9 et on tourne d’un quart tous les jours, la nuit avec lune est
très belle, la mer ne parait pas du tout dangereuse comme à l’habitude, quelques
vagues de houle plus hautes que d’autres toutes les 5’. J’économise le pilote en
barrant souvent et en mettant ‘response’ sur 1 le minimum, je coupe la nav en
haut et parfois en bas, le frigo principal est alimenté tout le temps, le frigo
domestique en alternance avec le freezer puis j’ai coupé totalement le freezer
sauf en période de charge. Tout le monde fait très attention à l’eau car le
dessal est incertain si pas de groupe, au 4° jour on a consommé 1/8° du premier
réservoir.
Pour la route, nous sommes le bateau plus à l’Est au 193° car j’ai
repéré un passage venté entre le 24°5 W et le 25 W ou le pot au noir semble
s’interrompre mais on n’y est pas encore. Les autres sont partis chercher du
vent plus fort à l’ouest mais en fait ils ont du faire du moteur pendant une
après-midi et vont se retrouver un peu près de la côte brésilienne pour la
descendre avec des conditions moins favorables de vent et de mer et de courant,
je compte me refaire à ce moment si je n’ai pas tiré trop large avec beaucoup de
Nm en plus en arrivant du large sur Salvador avec un portant meilleur. C’est un
pari mais j’ai vu Aumadatroi (un cata acier lourd) se raviser et arrêter sa
progression ouest, Dédale (un cata Outremer 57 light super rapide) est passé en
tête devant les lents du premier groupe, je suis avant dernier. C’est moins bon
pour le moral mais plus amusant pour la fin, par ailleurs je ne veux rien casser
et ne prendre aucun risque ni avec le bateau ni avec mes équipiers dont je suis
responsable, on réduit systématiquement la toile la nuit, lebut de ce rallye est
d’arriver au bout.
J’ai de l’atropine à bord mais plus beaucoup de Mercalm,
le mal de mer est parti avec l’arrivée des bonnes conditions quoique j’étais un
peu barbouillé ce matin en voyant le moniteur de batterie déjà descendu à 50%,
chaque fois que l’inquiétude remonte la cinétose se réinstalle.
Andrea est
bon en ordinateur, on va réussir à récupérer mon disque de l’ordi HS et le
recopier sur le nouveau. Quand à Paola (ex Erasmus en Espagne l’année dernière
et lui en Angleterre, excusez du peu), si j’ai bien compris son père est le PDG
de l’usine qui fabrique les frigos marins de la marque frigoboat et il a chez
lui des gens compétents pour l’installation et la maintenance des groupes
Fischer Panda, sur un message de sa fille, il m’a écrit un mail en me disant de
lui donner des détails sur le groupe ainsi que les vérifications déjà faites, de
plus il parle français. Je lui ai envoyé une longue bafouille hier, j’attends le
retour, je lui ai demandé aussi de m’orienter vers un correspondant fiable à
Salvador pour Fischer Panda. C’est vraiment une grande chance et très sympa de
la part d’un PDG sans doute très occupé avec le salon nautique de Paris en ce
moment, de s’occuper de mon minuscule problème, sa fille est à bord bien sur
mais quand même.
Les poissons m’ont bouffé un petit rappala entier, puis ils
ont cassé l’hameçon d’un deuxième petit et ont coupé les deux hameçons de 3 cm
du gros rappala multicolore. Rien n’est remonté à bord. Ce matin une touche
prise à la ligne et vue au loin s’est décrochée à 10 m du bateau. Une
autre fois la ligne part, on se précipite pour la freiner, Andrea et Eva ont vu
un très gros poisson sauter hors de l’eau au loin sans doute plus d’1 m avant
que le rappala ne disparaisse et que la ligne ne revienne coupée net, aucune
chance de la ramener et de toute façon un tel poisson peut devenir dangereux une
fois à bord en se démenant en tous sens, si on n’a pas de baille à poisson pour
l’y enfourner, on ne peut pas l’approcher, pourtant j’ai un manche de pioche
prêt et un crochet à thon mais pas
d’expérience.
A+