Les escales non planifiées sont souvent les meilleures..
Arafura
Thu 3 Mar 2011 08:29
La dernière en date ne déroge pas à la règle. L’arrêt à Martia fut bref et bon ! Lassés par la paresse du vent (un NE qui s’époumonait à moins de dix nœuds), l’équipage décida de s’engouffrer dans une baie que la carte à minuscule échelle nous présentait comme un petit havre de paix se révélera en fait être un grand havre de paix et tranquillité. Le bonheur avec les voiliers comme Arafura qui ne calent rien, c’est que la notion de pied de pilote en prend un grand coup dans le nez. Arafura s’est aventuré dans un dédale de bancs de sable qui se déplacent au fil des marées et des saisons. De fil en aiguille, nous avons mouillé dans un méandre derrière lequel se cache un mouillage absolument protégé de tous les coups durs du genre orage de type atomique (énormes cumulonimbus qui adorent exploser vers deux ou trois heures du matin et qui ruinent le sommeil des belles nuits de mouillage) et autres cyclones heureusement absents dans les parages.
L’ancre a donc mordu le sable par environ cinq mètres de fond, suivit des 15 mètres de chaîne et quelques mètres de câblot, juste devant le village de Martia. Environ 50 familles y vivent dans une simplicité remarquable. Pêcheurs pour la plupart d’entre eux, leur vie est rythmée par les marées et l’humeur des poissons. A peine mouillé, une pirogue arrive et nous vend un bara jaune avec des points bleu-vert et quelques crevettes pour une bouchée de pain. Puis Abud et quelques un des ses copains montent à bord pour dérouiller leur français. Abud nous invitera ensuite à visiter son village où les pirogues de pêches sont plus nombreuses que les poules. Incroyables embarcations qui exigent de bonnes écopes et un savoir faire redoutable si l’on veut éviter de briser les antennes souples des immenses voiles latines dans les virements de bords ou les empannages. Les pirogues se nomment Confiance, Providence. Nous n’avons pas rencontré Opulence, Obsolescence ni de Décadence…
Nous avons profité de la proximité de la plage pour y faire cuire notre beau poisson et crevettes locales sur un feu de bois flotté. Pas de moustique, pas de mouche, pas d’araignée et pas de scorpions… Juste un grand calme, une nuit noire et Arafura qui disparaît dans l’obscurité. L’équipage s’endort sur la grève, bercé par une grande paresse avant de se décider à rejoindre Arafura. Une fois à bord, Laurent (qui se baigne au bas mot une dizaine de fois par jour) saute à l’eau et, surprise, ne se mouille que jusque au nombril. Vous avez compris qu’Arafura était échoué sur un sable confortable et que son safran était bel et bien planté. Comme Arafura a un excellent caractère, nous avons simplement relevé son safran et tout le monde a bien dormi…jusqu’à ce qu’un orage nous fasse craindre le presque pire… Au matin, rebelote, Arafura s’est reposé sur son lit de sable. En le poussant un peu, il regagne des eaux plus profondes et on quitte les lieux non sans toucher le fond (de sable) deux fois…
La mer nous attend et nous fait l’honneur d’un bon petit NE 10-15 nœuds pendant quelques heures. Là, maintenant, nous sommes encalminés ou presque à environ trente mile du cap Saint André qui devrait nous ouvrir les portes du canal du Mozambique. La nuit sera noire, un noir où la mer se mélange au ciel et avec un peu de chance la voie lactée sera visible pour tenir compagnie à l’homme de quart. En attendant, le coucher de soleil s’annonce spectaculaire et le bruit des actualités (que nous ne suivons plus depuis deux ou trois jours) nous paraît une nuisance redoutable. Et nous allons siffler pour que le vent revienne et nous rapproche de nos amours lointaines !
Avant de lancer les quarts, le calme plat et le ciel sans lune nous décide à une première séance cinéma « plein air grand large » et nous pourrons ainsi visionner sur le pont « Master and Commander » ; stéréo complétée par le « dolby surround » des tonnerres d’orages lointains ainsi que le léger roulis.
Une fois le cap passé, cap Sud le long de Madagascar avec comme escales probables, Tambohora, Monrondava puis Tulear.