47:52.000N 07:01.000W Le Mardi 19 Mai 2020 à 23h59 (UTC+2h00) : Du Panama à la Bretagne

GRAND PHA
Bertrand et Marie-Helene FERCOT
Wed 20 May 2020 09:54

49ème jour de mer. Distance parcourue (sur le fond) depuis Linton : 5058 NM NM ( à 23h59). Distance du jour (sur le fond)  de minuit à minuit: : 91 NM.

Éloignement en direct de Linton : 4355 NM (8065 km) et distance en direct de Camaret: 100 NM (1852 km).


Bonjour

Effectivement vers 03h00, le vent ne dépassant pas les 4 kts réel, j'ai mis en route la risée diésel. Le problème de l'enclenchement de l'inverseur en marche avant n'est pas résolu car ça n'a pas été immédiat et seule la marche arrière s'enclenche bien!!

Comme je m'approche du plateau continental, je croise de plus en plus de bateaux de pêche. Je m'efforce de serrer le peu de vent au mieux pour avec 2000t/min avoir une vitesse fond entre 4 et 5 kts en fonction du vent et du courant.

Vers 11h15, alors que je suis entouré de bateaux de pèches et quelques cargos, un bi-turbopropulseur Atlantique de la base militaire de Lorient me survole. Dix minutes plus tard il me resurvole à très basse altitude.

A 16h30 j'aborde le haut du plateau continental au Nord du "Haut Fond de la Chapelle" à 150m de fond.

A 20h15 le "SEA WOLF", un navire de 180 m x 20 m qui ressemble à un bateau océanographique me double sur bâbord à mois de 1/2 NM. à destination de Harlingen en Hollande.

A 23h50 le vent soufflant de plus en plus d'Est, je vire sur bâbord amure pour ne pas trop remonter au Nord car ensuite demain, le vent reviendra du SO. Et cela permet d'être plus perpendiculaire au rail descendant qui approche.


Bonus du jour :  Voici un excellent résumé de l'histoire et de l'éthique des CELTES par
Pascal Cazottes

LES CELTES

Le mot même de « Celtes » résonne dans notre mémoire collective à la manière d’un
coup de tonnerre. A la seule évocation de ce nom, vient s’imposer l’image de grands
guerriers, combattant pour la plupart torse nu, riant des blessures infligées par
l’ennemi et se moquant encore davantage de la mort. Nous imaginons également un
peuple vivant en parfaite harmonie avec la nature, comme ces « peaux-rouges » qui
subirent, d’ailleurs, un sort à peu près similaire à celui des Celtes. Enfin, nous ne
pouvons évoquer les Celtes sans songer à ces hommes vénérables, portant une
longue barbe et tout de blanc vêtus, qui coupaient le gui à l’aide d’une serpe d’or lors
de cérémonies à connotation apparemment animiste.

Cependant, la réalité est sans doute bien plus complexe qu’il n’y paraît. L’ennui, avec
les Celtes, c’est que nous ne connaissons que très peu de choses à leur sujet. La faute
en revient aux Celtes eux-mêmes qui ne nous ont laissé aucune source écrite. Bien
entendu, nous avons les récits des auteurs latins, qu’ils aient été ou non
contemporains. Mais nous ne pouvons regarder ces textes sans une certaine
défiance, surtout lorsqu’ils proviennent d’ennemis déclarés à la cause celte, comme ce
fut le cas pour Jules César. Toutefois, les vestiges archéologiques nous ont donné
quelque matière à réflexion. Et surtout, nous avons les manuscrits irlandais du haut
Moyen-Âge, sans lesquels nous serions pratiquement ignorants de la mythologie
celtique.

Dans ce qui va suivre, nous allons essayer de percer ce qui convient d’appeler le
« mystère celte ». Les pièces que nous livrons au lecteur sont, il est vrai, celles d’un
puzzle incomplet. Elles nous permettront, néanmoins, de mieux comprendre cette
affirmation d’Aristote : « La philosophie a commencé chez les Celtes et la Gaule a été
l’institutrice de la Grèce. »

Les Celtes, ou les Galates comme les appelaient les Grecs – ce dernier nom
correspondant au mot latin Galli (les Gaulois) – entrèrent officiellement dans l’histoire
aux VIIIème et VIIème siècles avant Jésus-Christ, soit au début de « l’Âge du Fer ».
Jusqu’au IVème siècle avant J.-C., leur installation en Europe s’était toujours effectuée
de façon pacifique, se mêlant aux populations autochtones et partageant avec elles
culture et technologie. Dès la fin du Vème siècle avant J.-C., la colonisation se fit plus
brutale. C’est ainsi que l’Italie vit déferler sur son territoire de nombreuses hordes
venues de la Gaule Transalpine, soit de notre France actuelle. D’après Tite-Live, c’est
un excédent de populations qui jeta sur les routes quelques 300.000 Celtes en quête
de nouveaux territoires. Si l’on s’en rapporte à l’Histoire ou à la légende (ne pouvant
déterminer avec précision à quelle catégorie appartiennent les faits que nous allons
rappeler), Ambigat, le roi des Bituriges, fut confronté à un risque réel de famine au vu
du nombre toujours croissant de bouches à nourrir. Pour résoudre ce problème, il
n’eut pas d’autre choix que celui d’ordonner un exode massif. Il demanda donc à ses
deux neveux, Ségovèse et Bellovèse, de s’exiler avec toutes les populations qui
dépendaient d’eux. Un oracle intervint et indiqua la voie à suivre à chacun des
neveux. Ségovèse dut prendre la route qui conduisait à la forêt hercynienne, alors
que Bellovèse prenait la direction de l’Italie. Une autre version, celle de Pline, veut que
ce soit un artisan helvète qui, de retour de Rome où il avait exercé son art, incita ses
compatriotes à venir profiter d’un climat plus propice après leur avoir montré des
figues sèches, du raisin et des échantillons d’huile et de vin. Toujours est-il que les
premiers Gaulois parvenus de l’autre côté des Alpes semblent s’être installés sans
heurt, car la Cisalpine comprenait déjà des populations celtes. Cependant, à un
moment donné, les choses se sont aggravées, soit à cause de l’arrivée de troupes
gauloises trop importantes, soit suite à des conflits locaux auxquels les Gaulois
prenaient part en tant que mercenaires. Leur réputation de guerriers sans peur avait
effectivement précédé les Gaulois qui se voyaient engagés, tour à tour, par les
Etrusques, les Grecs ou encore les Carthaginois.

En ce qui concerne la prise de Rome par les Celtes, survenue en 386 avant J.-C., on
subodore que ce fameux événement est la résultante de la perfidie d’ambassadeurs
romains venus apporter leur soutien à une cité étrusque en guerre avec les Sénons
(peuple celtique originaire du bassin de l’Yonne). Ces derniers, sous la conduite de
leur chef, Brennus, s’élancèrent donc vers la ville éternelle. Arrivés à quelques
kilomètres de Rome, au confluent de l’Allia et du Tibre, se présentèrent devant eux les
légions romaines, composées de troupes de nouvelle levée et commandées par des
chefs plus orgueilleux que compétents. Au premier choc, les légions furent enfoncées
par la fureur gauloise. L’aile gauche de l’armée romaine fut complètement anéantie
après avoir succombé sous l’épée des Sénons ou péri noyée dans les eaux du Tibre.
Quant au centre et à l’aile droite, ils se disloquèrent d’eux-mêmes, les troupes les
composant ayant honteusement pris la fuite sans avoir essayé d’opposer la moindre
résistance face aux Gaulois. Ayant désormais la voie libre, Brennus et ses hommes
s’emparèrent de Rome sans coup férir, la cité n’étant plus occupée que par quelques
femmes et des vieillards (l’image d’un Gaulois tirant la barbe d’un vieux sénateur est
parvenue jusqu’à nous). Seul le Capitole, perché sur sa colline, résista aux assaillants,
grâce notamment au désormais célèbre épisode des oies. Après avoir occupé Rome
pendant sept longs mois, les Sénons consentirent à quitter les lieux après avoir
touché une rançon fixée à mille livres d’or. Lors de la pesée, les Romains accusèrent
les Gaulois de tricher, en soupçonnant que les poids apportés par ces derniers
étaient pipés. Rentrant dans une sombre colère, Brennus jeta son épée dans la
balance tout en ajoutant ces mots : « Vae victis ! » (Malheur aux vaincus !). Puis, les
Sénons se retirèrent pour aller s’installer sur la côte adriatique. Les auteurs latins
nous rapportent que la cité antique fut complètement détruite par les Gaulois, ayant
été incendiée juste avant leur départ. Mais ce fait apparaît comme fort douteux, car
aucune trace d’un quelconque incendie à cette époque ne fut trouvée par les
archéologues. Il n’en demeure pas moins que les Romains ne pardonnèrent jamais
aux Gaulois cette terrible humiliation et n’eurent de cesse d’assouvir leur vengeance.
C’est Jules César, pendant la guerre des Gaules (de 58 à 52 avant J.-C.), qui parviendra
à laver l’affront de la plus terrible des manières, en faisant périr un million de Gaulois
sous le glaive, en réduisant à l’état d’esclaves un autre million, et après avoir détruit
d’innombrables villages et cités.

Plus de cent ans après la prise de Rome, les Gaulois firent à nouveau parler d’eux,
cette fois de la Grèce à l’Asie mineure. En 280 avant J.-C., des troupes conduites
respectivement par Kerethrios, Bolgios et Brennos, s’emparèrent presque
simultanément de la Thrace, de l’Illyrie, de la Macédoine et de la Péonie. Depuis ce
dernier territoire, s’étalant du nord de la Grèce jusqu’à l’ouest de la Bulgarie, Brennos,
secondé par Akichorios, décide de descendre vers le sud. Son chemin est jalonné
d’embûches et rares sont les jours où il ne doit pas livrer bataille. Bien qu’à chaque
fois victorieux, ses effectifs fondent comme neige au soleil. En 279 avant J.-C., il
parvient toutefois devant Delphes, avec une armée de 65.000 hommes. Là, on ne sait
plus très bien ce qui se passe, les récits étant contradictoires. Selon les uns, Brennos a
mis à sac la cité de Delphes et s’est emparé de ses fabuleux trésors, lesquels auraient,
ensuite, été amenés jusqu’en Gaule, plus précisément à Toulouse. D’après d’autres
auteurs, Apollon lui-même serait intervenu pour empêcher la profanation de son
temple en provoquant la défaite des troupes gauloises. Aux termes du combat,
Brennos, blessé, se serait donné la mort, ne supportant pas le déshonneur de la
défaite ou voulant échapper à sa future condition de prisonnier (ou d’esclave). On
retrouve les rescapés de l’armée de Brennos en 278 avant J.-C., ces derniers ayant été
appelés en Asie Mineure par Nicomède de Bithynie afin de l’aider à combattre les rois
séleucides ou son propre frère Zipoétès. En remerciement pour leur action décisive,
Nicomède leur accorda un territoire connu, depuis, sous le nom de Galatie. Toutefois,
les Galates ne purent y vivre en paix, devant sans cesse prendre les armes contre les
royaumes hellénistiques ou celui de Pergame. Après avoir été définitivement vaincus
par Attale 1 , roi de Pergame, celui-ci, ayant reconnu leurs grandes qualités
guerrières, les prit à son service en tant que mercenaires (en – 218).

Ainsi que nous venons de le voir, les Celtes ne furent pas très loin de dominer une
partie non négligeable de la planète. Cependant, leur règne ne dura guère que
quelques siècles, victimes qu’ils furent d’invasions venant aussi bien du nord que du
sud. De plus, contrairement aux Celtes qui assimilèrent toujours les autres cultures
dans une véritable symbiose, leurs ennemis, et particulièrement les Romains, eurent
la volonté évidente de faire disparaître l’une des plus grandes civilisations que le
monde ait connues. On s’est même acharné à détruire ce qui constituait l’âme même
de ce peuple, en éliminant, physiquement, leurs maîtres à penser : les druides.
Comme nous l’avons vu un peu plus haut, sans doute y avait-il de la part des Romains
un désir de vengeance poussé à son paroxysme. Mais cela n’explique pas tout. Force
est de constater que le mystère plane au-dessus de ces populations dont nous ne
connaissons toujours pas aujourd’hui les véritables origines. De fait, si nous sommes
capables de suivre très exactement leur parcours à partir du VIème siècle avant Jésus-
Christ, et de localiser, à partir de cette date, leur centre d’émergence qui était
constitué par l’Allemagne méridionale, la Suisse, l’ouest de l’Autriche, le nord-est de la
France et le sud de la Belgique, nous devons nous en remettre aux simples
suppositions en ce qui concerne les périodes antérieures. Habituellement, on
considère que les Celtes sont des Indo-Européens ou des Indo-Aryens, ce qui signifie
que leur lieu d’origine se situerait quelque part entre l’Inde et les Carpates. Cette
filiation avec l’Inde, nous la retrouvons dans la racine de plusieurs noms. Ainsi, la Tara
indienne, déesse de la Parole, a assurément des points communs avec le Tara
irlandais, lieu où le roi Ardri dispensait sa parole aux autres rois. Mais là s’arrêtent les
similarités avec l’Inde, car il est difficile de comparer un Indien avec un Celte blond aux
yeux bleus. Même leur groupe sanguin ne correspond pas. Alors que le groupe B
prédomine sur le continent sud-asiatique, les Celtes étaient exclusivement du groupe
O. Nous ferons ici un aparté pour signaler au lecteur que 43 % de la population
française, dont une partie peut se prétendre « descendants des Gaulois », présentent
un groupe sanguin de type O. Cette proportion est même encore plus importante
chez la population basque avec 56 %. En revanche, la présence du groupe O parmi
plusieurs peuples du continent américain a véritablement de quoi stupéfier : 96 % des
Indiens Nord-Américains sont de groupe O ! Ce chiffre atteint les 97 % chez les Mayas
et les 100 % chez les Indiens du Pérou ! Outre le fait que ce résultat semble accréditer
cette croyance des Indiens du continent Nord-Américain qui considèrent les Celtes
comme leurs frères, on est en droit de se demander si une terre commune n’a pas
été le berceau de ces peuplades a priori disparates. On pense, bien entendu, à
l’Atlantide, mais aussi à un autre continent englouti : Mu. Si nous ne pouvons
développer ici ces hypothèses, retenons toutefois que ces théories pourraient
trouver une certaine accréditation dans les propos de Salomon Reinach, le célèbre
archéologue et conservateur du Musée des Antiquités Nationales à Saint-Germain-ener
Laye (de 1902 à 1932), lequel considérait que les Celtes étaient le peuple le plus vieux
du monde. Enfin, pour en terminer avec les origines mystérieuses des Celtes, nous
citerons, à titre anecdotique, la littérature grecque sur l’Hyperborée. A la lecture de
ces textes, nous avons toutes les raisons de croire que les individus désignés par les
Grecs sous le nom d’ « Hyperboréens » n’étaient autres que les Celtes.

Après avoir entr’aperçu l’origine des
Celtes, nous allons maintenant aborder
l’apport de cette grande civilisation à
notre monde, certaines de leurs
techniques et autres inventions étant
toujours utilisées de nos jours. Ce
faisant, nous mettrons à bas, une
bonne fois pour toutes, cette image de
rustres querelleurs vivant dans des
huttes et passant leur temps à festoyer
lorsqu’ils ne bataillaient pas. De la même manière, le terme de « barbares », dont les
Grecs et les Romains avaient coutume d’affubler les Celtes, devra être replacé dans
son sens premier. Car loin d’avoir la connotation péjorative que nous lui connaissons
aujourd’hui, le mot « barbare », provenant du grec ancien « barbaros », signifie tout
simplement « étranger ».

Avec l’arrivée des Celtes commença l’Âge du Fer. Cette première assertion est de
taille, puisqu’elle sous-entend que c’est aux Celtes que nous devons l’usage du fer, un
métal qui n’est pas si simple à travailler pour lui donner la solidité voulue et dont la
réduction du minerai demande également de bonnes compétences techniques. Et
bien que les forgerons gaulois n’aient pas été les seuls à dominer cette matière – les
habitants du nord de l’Inde pouvant également se vanter d’être des maîtres dans ce
domaine depuis une époque relativement reculée – il est certain que les armes qu’ils
donnèrent aux guerriers celtes conférèrent à ces derniers un avantage indéniable sur
leurs adversaires. N’oublions pas, en effet, que les troupes romaines et grecques
furent longtemps équipées d’armes de bronze, un alliage qui ne résistait pas très
longtemps sous le choc du fer. Outre son application militaire, le fer s’avéra aussi fort
utile pour les progrès de l’agriculture. Comme chacun sait, les Gaulois furent les
inventeurs de la charrue, cette dernière ayant été améliorée, en Rétie gauloise, par
l’ajout de deux petites roues. Plus surprenante encore fut l’invention, par les Celtes,
d’une véritable moissonneuse. Les Gaulois ayant été de grands producteurs de blé, ils
s’étaient facilité la tâche en mettant au point une sorte de tombereau à deux roues
dont le bord antérieur était armé de dents qui arrachaient les épis. Une fois arrachés,
les épis tombaient automatiquement dans le tombereau. Et lorsqu’il s’agissait de
faucher les prés, les Gaulois utilisaient une faux qui coupait l’herbe haute sans
toucher à l’herbe courte. Rappelons-nous que ces inventions remontent à environ
2.500 ans. Or, lorsqu’on étudie l’histoire des moyens agraires, on a l’impression
qu’aucune avancée ne fut réalisée jusqu’au XIXème siècle. Bien au contraire, certaines
techniques employées par les Gaulois, comme celle du chaulage, furent oubliées
pendant près de deux millénaires. Pour amender les terres trop acides, les Celtes
répandaient de la chaux. Mais l’oubli de cette méthode conduisit des territoires,
comme le Ségala (englobant une partie non négligeable du département de
l’Aveyron), à une grande pauvreté. Ce n’est, en effet, qu’au XIXème siècle que les
agriculteurs de nos régions redécouvrirent l’emploi de la chaux et purent, ainsi,
mettre fin à des famines répétées.

Si par leurs activités agricoles les Gaulois ont façonné nos campagnes, on leur doit
également une urbanisation imposante, mais intelligente, dont les bases ont servi à
tous leurs successeurs. De sorte que la configuration de la France, avec ses villages et
ses villes, a très peu évolué depuis l’époque des Gaulois, du moins au niveau du choix
des emplacements pour l’habitat. Du reste, combien de cités ou de petits bourgs
portent encore, dans leur dénomination, l’empreinte celte ? Si nous prenons
l’exemple de notre capitale, Paris, force est de reconnaître que son nom nous vient
tout droit de la tribu celte des « Parisii » qui s’était installée dans l’actuelle région
parisienne. Et que dire devant tous ces noms se terminant par « ac » comme
Mérignac ou Bergerac ? Rien que dans le département de l’Aveyron, connu pour avoir
abrité les fameux Rutènes libres (ceux-là mêmes qui résistèrent le plus longtemps aux
troupes de César et qui fournirent un contingent de 6.000 archers à la bataille
d’Alésia), nous dénombrons pas moins de soixante-huit villages ayant une
terminaison en « ac », à l’instar de Najac, Toulonjac, Lunac, Camjac, Ceignac, etc… A
cela, une explication toute simple : le suffixe « ac » dérive du celte « acos », mot se
référant à un « lieu habité », d’où ce grand nombre de toponymes se terminant par
« ac ».

Dans sa Guerre des Gaules, Jules César ne se contente pas de nous décrire les
nombreuses batailles qui opposèrent les Romains aux Celtes ; il nous parle aussi de
ce qu’il voit autour de lui. C’est ainsi que nous apprenons l’existence, en Gaule, de
« vici » (terme utilisé pour les bourgs ou les villages), de « castella » (petites places
fortes avec une ébauche de ce qui sera, plus tard, nos futurs châteaux) et des
« oppida » (véritables villes fortifiées). Les « vici » étaient constitués de maisons
essentiellement faites de bois. Loin d’être rudimentaires, ces constructions étaient le
résultat d’un travail artisanal très soigné et très technique, surtout au niveau des
charpentes, véritables chefs-d’oeuvre d’architecture que n’auraient pas reniés nos
artisans-compagnons les plus doués. De plus, ces habitations présentaient un confort
bien supérieur à celui des froids palais de pierre romains. Les « castella », pour leur
part, étaient de véritables résidences princières. Si l’on en juge par les restes
retrouvés sous le tertre 4 de la Heuneburg, présentant un édifice de 300 m² divisé en
7 pièces, ces demeures étaient particulièrement confortables. Leur emplacement
isolé dans les campagnes exigeait, néanmoins, qu’on les place au milieu d’un
quadrilatère fermé par une ou plusieurs palissades et entouré de fossés. Quant aux
« oppida », il s’agissait d’enceintes fortifiées pouvant accueillir un grand nombre
d’habitants. Contrairement aux « urbs » qui étaient des villes ouvertes, la destination
première des oppida était d’offrir un asile aux habitants des alentours et à leur bétail,
en cas de raids ennemis. Toutefois, l’oppidum devint rapidement un lieu occupé en
permanence, comprenant en son sein des maisons construites sur un plan
rectangulaire avec un niveau à demi-souterrain auquel on accédait par un escalier
intérieur de plusieurs marches. Les oppida, qui pouvaient couvrir plusieurs centaines
d’hectares, furent ainsi de véritables villes fortifiées aux populations plus ou moins
importantes dépassant, parfois, les 100.000 âmes. Ce fut notamment le cas de
l’oppidum de Bratuspantium. Occupé par la tribu celte des Bellovaques, ces derniers,
lors du soulèvement de la Gaule, promirent une armée de dix mille hommes et
étaient réputés pouvoir fournir jusqu’à cent mille guerriers, ce qui laisse présumer de
l’étendue de cet oppidum… D’autres oppida rivalisèrent de grandeur, comme à
Avaricum (Bourges) où la seule activité artisanale, consacrée essentiellement aux
métaux, couvrait, comme à Lyon, une superficie supérieure à un kilomètre carré. Mais
plus remarquable encore était l’enceinte des oppida, haute de six mètres et
pratiquement indestructible puisque certains de ces murs ont traversé les siècles
sans encombre pour parvenir jusqu’à nous. Jules César, lui-même, fut rempli
d’admiration devant ce type de construction, au point qu’il nous en livra une
description des plus précises :

« Voici du reste, le mode de construction ordinaire des murailles gauloises. Des
poutres, d’une seule pièce en longueur, sont posées sur le sol, d’équerre avec la
direction du mur et à la distance de deux pieds les unes des autres ; puis on les relie,
dans l’oeuvre, par des traverses, et on les revêt entièrement de terre, à l’exception du
parement qui est formé de grosses pierres logées dans les intervalles dont nous
venons de parler.

Ce premier rang solidement établi, on élève par-dessus un deuxième rang semblable,
disposé de manière que les poutres ne touchent pas celles du rang inférieur, mais
qu’elles n’en soient séparées que par le même intervalle de deux pieds, dans lequel
on encastre pareillement des blocs de pierre bien ajustés. On continue toujours de
même jusqu’à ce que le mur ait atteint la hauteur voulue. Ce genre d’ouvrage avec ses
pierres et ses poutres alternées régulièrement fait un ensemble qui n’est point
désagréable à l’œil ; il est, de plus, parfaitement adapté à la défense des places,
attendu que la pierre y préserve le bois de l’incendie, et que les poutres, longues
souvent de quarante pieds et reliées entre elles, dans l’épaisseur du mur, ne peuvent
être brisées ni détachées par le bélier. »

Par contre, César omet de dire que des clous et autres chevilles de fer étaient
employés dans l’édification de la muraille. Et ces pièces avaient ceci de particulier
qu’elles avaient été forgées dans le fer le plus pur et qu’elles étaient presque
inattaquables à la rouille. Autre caractéristique concernant les clous, à tête carrée : ils
provenaient tous d’une seule fabrique, puisqu’on les retrouva, dans leur forme
parfaitement identique et issus du même minerai de fer, dans tous les oppida de la
Gaule.

Concernant toujours les oppida, il nous faut encore observer que les murs d’enceinte
étaient, partout en Gaule, construits sur un modèle unique. Ce qui signifie que des
règles d’édification avaient été établies et qu’elles furent, ensuite, respectées sur tout
le territoire gaulois, malgré la diversité des tribus et des différends pouvant exister
entre elles. Or, une seule caste était capable d’imposer sa volonté à tous les peuples
celtes : la caste des druides.

Enfin, pour en terminer avec la technologie gauloise, nous nous contenterons de
signaler quelques inventions relevées par Pline l’Ancien et dont nous ne pourrions
pas nous passer aujourd’hui :

– le savon que les Celtes, très attachés à la propreté, avaient d’abord mis au point à
partir de suif ou de cendres,

– et les matelas et les lits rembourrés qui étaient issus de l’esprit inventif des Gaulois.

Avec les Celtes se développa une autre pratique : l’inhumation. Durant l’âge du
bronze, les peuples avaient pour habitude d’incinérer leurs morts. Mais, à partir de
900 avant Jésus-Christ, cette coutume fut peu à peu abandonnée par les Celtes pour
pratiquement disparaître. Durant tout l’Âge du Fer, on vit pousser des tertres
artificiels, faits de terre ou de pierre, qui étaient autant de sépultures. De nos jours,
certains de ces tumuli sont encore visibles, et par centaines à certains endroits.
L’exploration de ces tombes a justement permis aux archéologues d’en connaître un
peu plus sur nos ancêtres, car les défunts étaient généralement enterrés avec des
objets leur ayant appartenu, comme leurs armes. C’est ainsi que furent découvertes
de nombreuses épées de fer, ordinairement longues de 75 à 85 cm, plus
exceptionnellement d’un mètre de long. Outre les épées, les lances et autres
boucliers, prenaient place à côté de la personne disparue des rasoirs, des bracelets,
des torques et toutes sortes de bijoux (dans les tombes féminines). Ce qui démontre,
d’une part, la place importante qu’occupait la femme dans la société celtique et,
d’autre part, une certaine aisance du peuple celte qui donnait de l’ouvrage à ses
nombreux artisans. Dans les sépultures les plus riches, notamment les tombes
princières, les défunts étaient ensevelis dans leur costume d’apparat (avec leurs
magnifiques parures) et reposaient, bien souvent, dans un char massif à quatre roues,
dit char processionnel. Du mobilier était également disposé avec un service à boire et
à banqueter, sans oublier l’harnachement du cheval du défunt, ce qui nous permet
d’imaginer la taille que pouvaient présenter certaines chambres funéraires (celle de
Vix, en Côte-d’Or, atteignait quatre mètres de côté).

Ce bref aperçu du procédé de l’inhumation chez les Gaulois nous donne quelques
indications sur leurs vie et moeurs. La présence des épées, par exemple, nous indique
clairement la place qu’occupait le combat dans leur vie. Il est vrai que, chez les Celtes,
chaque homme libre était astreint au service militaire. Au moment de partir en
guerre, on convoquait tous les hommes en état de porter les armes, et malheur à
celui qui répondait le dernier à cet appel impérieux. Lorsqu’ils ne défendaient pas
leur propre territoire, il arrivait aux Celtes de louer leurs services en tant que
mercenaires. C’est ainsi qu’en 369 avant Jésus-Christ, l’armée envoyée au secours des
Spartiates comptait dans ses rangs de nombreux fantassins celtes, et que Philippe V,
roi de Macédoine, pouvait s’enorgueillir d’avoir, en plus de ses phalanges, des
cavaliers galates ; jusqu’à la reine égyptienne Cléopâtre qui eut recours aux gaulois
pour former sa garde rapprochée. Dans la bataille, les Celtes se battaient avec fureur,
parfois même avec sauvagerie. Couper la tête de leurs ennemis tués était, pour eux,
une pratique courante. Ils rapportaient ensuite chez eux ces trophées ensanglantés,
suspendus à l’encolure de leurs chevaux ou enfoncés au bout de leurs lances, ce qui
peut paraître, de nos jours, comme un acte de pure barbarie. Toutefois, il faut se
replacer dans le contexte de l’époque pour bien comprendre que ce sont les temps
qui voulaient ça. Les Romains, de leur côté, n’hésitaient pas à faire pire, usant même
de tortures très raffinées quand le temps leur en était laissé. Ce qui, par contre,
distinguait les Gaulois des autres peuplades, c’était un sens de l’honneur poussé à
l’extrême. Par exemple, lorsque les Celtes étaient vaincus, ils n’hésitaient pas à
retourner leurs armes contre eux-mêmes, plutôt que d’avoir à supporter l’humiliation
de la défaite ou de voir leur liberté confisquée. Le groupe sculpté de la villa Ludovisi,
représentant un Gaulois se tuant (ou Brennos lui-même), en est l’illustration parfaite.
De la même manière, ils s’avançaient, l’arme à la main, au-devant des vagues qui
venaient submerger leurs territoires côtiers – ce qui se produisit notamment lors de
l’effondrement de la Bretagne marécageuse qui fut à l’origine de l’engloutissement
des villes de Gesocribate, d’Occismor ou de Regina – acceptant sans broncher de périr
engloutis par les eaux, seul moyen pour eux d’échapper à la honte d’une fuite. Ephore
de Cymé, célèbre historien né vers 400 avant Jésus-Christ et connu pour son
« Histoire universelle des grecs et autres peuples depuis le retour des Héraclides »,
faisait d’ailleurs état de ces Celtes sans cesse repoussés par la mer. Il précisa que,
chez ces peuples, l’eau faisait davantage de victimes que les guerres elles-mêmes. Et
combien de Gaulois bravèrent les incendies ou se refusèrent à éviter la chute d’un
mur pour ne pas être déshonorés ? C’est encore ce sens de l’honneur qui poussa les
Allobroges à refuser de livrer aux Romains les princes des Salyi (ancien peuple de la
Provence) qui avaient trouvé refuge chez eux.

Autant les Celtes étaient farouches au combat, autant ils étaient hospitaliers lorsque
les armes avaient cessé de parler. Du reste, la porte de leur maison était toujours
ouverte, et le passant était assuré d’y trouver le gîte et le couvert. Accueillir un
étranger était regardé, par les Gaulois, comme un bienfait des dieux.

Autre spécificité du peuple Gaulois : le respect des femmes. Ces dernières étaient si
hautement considérées qu’il n’était pas rare de les voir participer aux conseils et
donner leur avis. On faisait également appel à elles pour juger les différends
opposant des chefs ou des tribus. De sorte qu’il arriva que des tribunaux soient
entièrement constitués de femmes. D’après Plutarque, le jugement des femmes fut
sollicité après leur intervention dans une terrible affaire qui faillit voir s’affronter deux
armées gauloises : « Avant la conquête de la Cisalpine par les Gaulois, il y eut chez eux
une terrible guerre civile. Les femmes s’avancèrent au milieu des armées et, prenant
le rôle d’arbitres, réconcilièrent les parties en présence. Depuis lors, les Celtes n’ont
pas cessé, quand ils délibèrent sur la paix et la guerre, d’admettre leurs femmes au
conseil et de faire régler par leur arbitrage les contestations qu’ils ont avec leurs
alliés. »

Pour être attentives à maintenir la paix, les femmes n’en étaient pas moins capables
de prendre part aux combats. On se souvient notamment du rôle joué par les
femmes Helvètes dans la défense de retranchements contre les Romains. Et que dire
de cette femme gauloise dont l’historien Ammien Marcellin nous dresse le portrait,
alors qu’elle est venue prêter main-forte à son mari engagé dans une querelle ? Il
nous la montre « verdâtre, le cou gonflé, frémissante, balançant ses bras blancs
9/19
énormes, jouant des pieds et lançant ses poings comme des catapultes chassées par
la corde enroulée. » Les femmes celtes étaient assurément courageuses et
n’hésitaient pas à accompagner leurs époux à la guerre, voire à les encourager –
jusqu’à les exciter – dans la bataille.

Dans la vie courante, donc sortis du contexte des combats, les Gaulois étaient,
comme nous l’avons vu, des agriculteurs accomplis. Le travail de la mine ne leur était
pas non plus inconnu et ils extrayaient de la terre (en plus du sel) divers métaux, à
l’instar du fer, du cuivre, de l’argent et de l’or. Ces métaux étaient ensuite travaillés
par des artisans aux mains expertes, qu’ils soient forgerons ou orfèvres. Mais la
production gauloise n’était pas destinée qu’aux seuls Gaulois, ces derniers ayant
parfaitement intégré le principe des échanges, lesquels s’effectuaient dans un axe
nord-sud allant de la Baltique jusqu’à l’Adriatique. Parmi les produits que recevaient
les Gaulois se trouvaient le vin des Etrusques et l’ambre des Germains. L’ambre était
particulièrement prisé des Gaulois qui en faisaient des bijoux portés par toute la
population et principalement par les enfants, les colliers réalisés à partir des « larmes
d’Apollon » étant censés les protéger des maladies. Cet ambre provenait
essentiellement de l’île d’Abalum, sur la côte orientale de la Baltique, dont le nom
n’est pas sans rappeler l’île d’Avallon de la légende arthurienne ; l’étymologie de ces
deux îles faisant référence au pommier, l’arbre de la connaissance par excellence.

Les bijoux évoqués plus haut nous rappellent que les Celtes, qu’ils soient hommes ou
femmes, portaient généralement des bracelets, des anneaux ou encore des torques,
ces derniers étant symboles de puissance, voire de commandement lorsqu’ils étaient
en or. L’habillement des Gaulois, constitué principalement d’un pantalon, d’une
tunique et d’une saie portée sur l’épaule, leur permettait d’agrémenter leurs
vêtements d’objets tels que des boucles de ceinturon finement décorées ou des
fibules (agrafes de métal) ciselées avec tout autant de soin. Il s’agissait d’un véritable
travail d’orfèvre – mis également au service des casques, des boucliers et des
fourreaux des épées – dans lequel les artisans celtes exprimaient tout l’art de leur
peuple. Spirales, swastikas et autres entrelacements venaient prendre place aux
côtés de personnages ou d’animaux parfois fabuleux. Pour être esthétiques, ces
motifs n’en avaient pas moins un sens, car l’art celte, tout comme l’art amérindien,
n’était pas un art « gratuit ». Chaque composition devait délivrer un message en tant
que représentation d’un savoir. Il est donc primordial d’étudier d’un peu plus près cet
art celte, lequel nous permettra d’entrevoir quelques joyaux de leur culture.

A l’époque qui nous intéresse, l’art se déclinait principalement sous forme statuaire.
De sorte que l’on a longtemps considéré que les Grecs et les Romains, par exemple,
surpassaient les Celtes dans ce domaine. C’est oublier que les artistes celtes ont, eux
aussi, produit des statues de qualité, et ce, dès le VIème siècle avant notre ère. Bien
qu’ils n’avaient pas pour habitude de représenter la divinité – comment était-il
possible de matérialiser un principe abstrait ? – ils ont façonné dans la pierre des
personnages grandeur nature. A partir de l’occupation romaine, les Gallo-Romains se
sont risqués à personnifier des aspects du principe divin, sans toutefois perdre de
vue ce savoir qui leur venait tout droit de leurs ancêtres. Ainsi, est-ce avec un certain
bonheur qu’ils ont réalisé des autels et autres bustes. Si peu de ces chefs-d’oeuvre
sont parvenus jusqu’à nous, à cause de la destruction systématique par les Chrétiens
des statues païennes, quelques-unes de ces créations ont miraculeusement échappé
à l’obscurantisme religieux. C’est notamment le cas d’un autel du IIème siècle de
notre ère découvert en 1837 et visible au Musée Saint-Rémi de Reims. L’autel en
question représente un dieu cornu entouré de deux personnages qui ont été
identifiés comme étant Apollon et Hermès. Si l’influence greco-romaine est ici
certaine, le dieu cornu est, quant à lui, d’inspiration celtique. Il suffit, pour s’en
convaincre, d’observer le torque qu’il porte à son cou. On aurait pu s’interroger sur le
nom de ce personnage si, le 16 mars 1711, n’avait été mis à jour, dans un mur de
fondation de la cathédrale Notre-Dame de Paris, le fameux « Pilier des Nautes ». Cette
colonne, datée du 1 siècle après J.-C., est, en fait, constituée de quatre blocs, ou
autels, dont l’un d’eux présente, sur une face, un buste humain et cornu avec, audessus,
l’inscription de « CERNUNNOS ». Il s’agit du dieu-cerf, souvent représenté assis
en tailleur (ou en position de Bouddha), maître de la végétation. C’est sans doute
pour cette raison que, sur l’autel de Reims, il est figuré en train de nourrir un taureau
et un cerf à l’aide de graines qu’il fait sortir de son sac. On notera que Cernunnos était
parfois sculpté sous une forme tricéphale, forme que nous retrouvons sur un autre
autel conservé par le musée de Reims, décidément riche en trouvailles
archéologiques. La tête tricéphale (à laquelle peut être associé le triskèle relevant du
même symbolisme), nous parle d’une trinité de dieux gaulois qui n’étaient autres que
Taranis, Teutatès et Esus, divinités que nous verrons un peu plus loin. Ces trois faces
d’une même tête nous ramènent aussi aux trois plans d’une seule énergie et, d’un
point de vue trinitaire, à l’union du corps, de l’âme et de l’esprit.

Dans un registre plus artisanal, nous
remarquons que les divers récipients
utilisés par les Celtes faisaient l’objet de
décorations bien particulières, oeuvres
de véritables artistes. Là encore, il n’y
avait pas de place pour l’improvisation.
Le symbolisme était omniprésent et
offert à la vue de tous, dans le but
évident de transmettre une
connaissance qu’on ne pouvait
découvrir autrement, en absence de
tout texte. Les oenochoés, tout d’abord, présentaient un décor le plus souvent
fantastique, principalement au niveau de l’anse. Pour réaliser ces cruches à vin, tout
en bronze, leurs auteurs faisaient preuve d’une grande dextérité et utilisaient une
haute technologie qui ferait l’admiration de nos plus modernes maîtres-bronziers. Il
en allait de même pour les situles, ces vases de bronze entièrement décorés de frises
mettant en scène des personnages et/ou des animaux. Or, tant les oenochoés que les
situles remontaient au VIème siècle avant notre ère ! Pour rester dans les récipients,
nous allons maintenant parler du fameux chaudron de Gundestrup, véritable chefd’oeuvre.
Datant du 1 siècle avant Jésus-Christ, il fut découvert dans une tourbière
du Jutland au Danemark. Conservé au Musée de Copenhague, il n’en est pas moins de
facture gauloise, comme en attestent de nombreux motifs relatifs à la Gaule. Le
lecteur pourra sans doute s’étonner que cet objet soit parvenu jusqu’au Danemark.
La raison de sa présence en ce lieu est pourtant toute simple. Souvenons-nous, en
effet, que les Gaulois importaient de grosses quantités d’ambre, une résine fossile qui
provenait justement des plages du Jutland. Il y a donc fort à parier que ce magnifique
chaudron d’argent ait servi de monnaie d’échange. Mais étudions de plus près cet
objet. Le chaudron de Gundestrup mesure 69 cm de diamètre et sa profondeur est de
21 cm. Il est entièrement recouvert, tant extérieurement qu’intérieurement, de reliefs
au nombre de 13. Il est donc constitué de treize plaques supportant, chacune, une
scène différente. La première de ces plaques nous montre des fantassins et des
cavaliers gaulois reconnaissables, les uns à leurs longs boucliers ovales avec umbo,
les autres à leurs casques surmontés de la rouelle, de cornes, d’un sanglier ou d’un
oiseau. Ils sont suivis par des musiciens soufflant dans un carnyx (trompette à gueule
de fauve). S’il ne peut y avoir de doute sur l’origine des guerriers représentés, on
reste, par contre, plus que circonspect devant l’interprétation « officielle » relative au
plus grand personnage précipitant un homme la tête la première dans un vaste vase.
D’après les spécialistes, il s’agit là d’un sacrifice humain. Cependant, ils s’étonnent du
mode sacrificiel, celui-ci n’étant pas propre aux Celtes mais aux… Germains ! Si les
Celtes n’employaient pas cette méthode pour sacrifier leurs victimes, alors pourquoi
s’entêter à décrire cette scène d’une façon erronée ? Ce faisant, on fait preuve
également d’une méconnaissance totale de la mythologie celtique. Ce vase dans
lequel on plonge l’individu, n’est-ce pas plutôt le chaudron de Brân ? Dans ce cas,
nous ne sommes pas en présence d’un récipient qui donne la mort mais, au
contraire, ressuscite les morts ! Ce qui se conçoit parfaitement, vu que le mythe du
chaudron (ou du vase ou de la coupe) a toujours été associé au mystère de la
résurrection, que ce soit avant ou après Jésus-Christ. Et ce n’est pas la légende
arthurienne du Saint Graal qui nous contredira. Avec la plaque numéro 4, nous nous
retrouvons en pays connu. Outre plusieurs animaux, celle-ci nous présente
Cernunnos coiffé de sa ramure de cerf. De sa main droite, il tient un torque, alors que
les doigts de sa main gauche serrent le cou d’un serpent à tête de bélier. Nous ne
reviendrons pas sur le symbolisme de Cernunnos dont le bestiaire qui l’entoure nous
ramène, encore une fois, à ses rapports étroits avec la nature. Cependant, le serpent
auquel il est très souvent associé, nous conduit à penser que Cernunnos était peutêtre
aussi une divinité chtonienne. Avant de laisser cette plaque, nous remarquerons
le personnage chevauchant un dauphin. Il est vrai que les Celtes entretenaient de très
bons rapports avec ces mammifères marins. D’ailleurs, les Gaulois de la Méditerranée
avaient coutume de les utiliser pour la pêche. Les dauphins rabattaient le poisson
dans les filets des pêcheurs et, en remerciement pour leurs services, les gaulois leur
abandonnaient une partie de leurs prises et leur donnaient du pain trempé dans du
vin dont, paraît-il, ils raffolaient. La plaque numéro 3 a, quant à elle, laissé les
chercheurs dans l’expectative. Sophus Müller y a vu le buste de la déesse du soleil
entouré par des éléphants et des griffons. Par contre, il n’a pas compris le sens de ce
qu’il prend pour deux roues à six rayons. En fait de roues, il s’agit de « fleurs de vie »,
un symbole presque aussi vieux que le monde et que l’on retrouve de l’Inde au Pays
Basque. Nous ne nous étalerons pas sur le sens de ce symbole qui a été longuement
expliqué dans plusieurs ouvrages. Que le lecteur sache, cependant, que la Fleur de
Vie est liée au mystère de l’incarnation. Enfin, les griffons sont là pour nous parler
d’Alchimie, de l’union des deux natures contraires (du fixe et du volatil), prouvant
ainsi l’immense étendue du savoir des druides, lesquels avaient sans doute donné
des consignes bien précises au génial ciseleur du chaudron de Gundestrup. D’autres
plaques mériteraient certainement d’être décrites et analysées, mais cette tâche nous
entraînerait trop loin de notre propos.

Pour clore le chapitre sur l’art celte, nous parlerons d’un dernier objet : le miroir de
Desborough. Son dos est une véritable merveille où des motifs relativement
complexes se reflètent d’un côté à l’autre à partir d’une ligne centrale invisible. En
outre, les figures représentées semblent être les mêmes, sauf qu’elles se répètent à
une échelle différente. Il faut se rendre à l’évidence, nous sommes en présence d’une
fractale, soit d’un objet mathématique trouvant ses règles dans la fragmentation (la
structure gigogne pouvant être une autre définition). Le problème est que le terme de
« fractale » n’a été inventé qu’en 1974, alors que notre miroir remonte au 1 siècle
avant Jésus-Christ…

De l’art celte nous passons naturellement à la mythologie celtique, le premier n’étant
que l’_expression_ figurée de la seconde. Cette mythologie, d’une richesse
incomparable, va nous plonger au cœur de croyances séculaires et nous amener à la
rencontre d’étonnantes révélations.

Au risque de nous répéter, rappelons que les Celtes vivaient en parfaite harmonie
avec la nature. Il n’y a donc rien de surprenant à ce qu’ils aient conservé de
nombreuses traditions des hommes du Néolithique, voire du Mésolithique, comme
un véritable culte pour les eaux et les mondes minéral, végétal et animal. Ainsi,
sources, fontaines et ruisseaux étaient vénérés, de même que les fleuves et les
rivières dont certaines portaient les noms de « Deva » ou « Devona », ces termes
signifiant « la divine ». Les arbres faisaient l’objet d’une dévotion similaire, notamment
le chêne (Robur) et le pommier (Abellio). D’après Pline l’Ancien, les druides croyaient
que la présence du gui révélait celle du dieu sur l’arbre qui le portait. Par conséquent,
ce n’est pas sans cérémonie qu’ils cueillaient cette plante parasite, devenue symbole
d’éternité et de l’immortalité de l’âme humaine. Les animaux, à l’instar du cheval, du
taureau, du sanglier, de l’aigle et du corbeau, étaient aussi adorés. Du reste, leur
effigie figurait sur de nombreuses pièces gauloises. Le chien, quant à lui, était l’animal
bénéfique par excellence. Sa fonction psychopompe lui permettait, en effet, de guider
les défunts dans le passage sombre de la mort.

Les mégalithes, que l’on avait, un moment, attribués aux Celtes, puis aux hommes du
Chalcolithique, s’avèrent bien trop anciens pour que les uns ou les autres en aient été
les bâtisseurs. Mais si les pierres levées restent un mystère, il est, par contre, certain
que les druides en avaient percé les secrets, à moins que ces derniers ne leur aient
été confiés avec d’autres connaissances ancestrales. De sorte que nombre de
cérémonies étaient organisées autour des dolmens et des menhirs, ceux-ci ayant été
placés dans des lieux de haute énergie tellurique. Ces emplacements, où se
concentrent les forces de la nature, y compris celles provenant du cosmos (les
mégalithes faisant office de points de connexion entre la terre et le ciel), devinrent
sacrés aux yeux des Celtes qui pouvaient y voir des manifestations du divin ou de
l’invisible. Et ce sont sans doute ces mêmes forces naturelles qui les amenèrent à
croire aux elfes, aux korrigans, aux sylphes et aux ondines.

A côté de ces puissances anthropomorphes existait un panthéon celtique bien plus
en rapport avec l’idée que l’on peut se faire des dieux.

Chez les Gaulois, le « Dis Pater » (le « père divin ») était la déité la plus importante.
Tous les Gaulois prétendaient être issus du Dis Pater, ce dernier n’étant pas vu
comme un père biologique mais comme le père de leur âme immortelle. Ce concept
ne peut se comprendre que si on se place du point de vue de leur principale croyance
qui avait trait à la transmigration des âmes. Cette foi en la réincarnation était même
encouragée par les druides comme nous le prouve ce conte bardique intitulé « le
Peredur » : « Des deux côtés de la rivière s’étendaient des prairies unies. Sur l’une des
rives, il y avait un troupeau de moutons blancs et, sur l’autre, un troupeau de
moutons noirs. A chaque fois que bêlait un mouton blanc, un mouton noir traversait
l’eau et devenait blanc. A chaque fois que bêlait un mouton noir, un mouton blanc
traversait l’eau et devenait noir. » L’interprétation de ce conte est fort simple, le
mouton noir représentant l’âme emprisonnée dans la matière qui, lorsqu’elle se
désincarne, s’en va rejoindre le monde spirituel symbolisé par le troupeau de
moutons blancs. A contrario, le mouton blanc qui devient noir après avoir traversé la
rivière, est assurément une âme qui vient s’incarner dans le monde matériel
symbolisé par le troupeau de moutons noirs. Ainsi qu’on peut en juger, nous sommes
bien loin d’une religion polythéiste, mais bel et bien en présence d’une religion
monothéiste, qui plus est annonciatrice du christianisme des premiers temps. Ce qui
n’empêcha pas les Celtes, et surtout les Gallo-Romains (sans doute influencés par les
Romains), de diviniser plusieurs éléments, ou événements, venant rythmer leur vie.

En complément féminin du Dis Pater, sans toutefois pouvoir l’égaler, nous trouvons la
Déesse-Mère ou Terre-Mère, venue tout droit de la préhistoire et rappelant la
Déméter des Grecs. Elle était cette terre génératrice et nourricière sans laquelle toute
vie était impossible.

Avec Teutatès, l’une des divinités de la triade gauloise, nous sommes une nouvelle
fois renvoyés au Dis Pater, auquel il était souvent comparé. Et il est, d’ailleurs, fort
probable que nous ayons affaire au même dieu. Teutatès n’était-il pas considéré
comme le père du peuple ? Il était également le conducteur des âmes. Mais au lieu de
les entraîner, après la mort, dans le sombre royaume souterrain de Pluton, il les
conduisait dans ces groupes de globes lumineux, dans ces constellations aux clartés
mystérieuses qui parsèment l’immensité de la voûte céleste.

Dans la triade gauloise venaient prendre place deux autres dieux : Esus et Taran (ou
Taranis). Esus était un dieu bûcheron dont le rôle était d’inspirer les combats. Quant à
Taran, il n’était autre que le dieu du tonnerre et de la foudre.

Autre dieu d’importance pour les Gaulois : Albiorix (roi du monde). Véritable Mercure
gaulois, Albiorix était l’inventeur de tous les arts utiles. Connu aussi sous le nom de
Rigisamos (très loyal), il assurait la protection des routes et des voyageurs. A ses côtés
figuraient presque toujours, en tant qu’animaux symboliques, le bouc et le coq.

Belenos, pour sa part, était l’équivalent d’Apollon. Le « Très Brillant » était réputé
éloigner les maladies et faire jaillir des sources salvatrices. En tant que divinité solaire,
il était fêté le 1 mai, date qui commémorait le renouveau du soleil et de la vie. C’est
aussi en son honneur que l’on organisait, le 24 juin, les feux et les danses de la Saint-
Jean (proches du solstice d’été). Enfin, notons que Belenos était le patron des beauxarts
et de la beauté en général.

Ne pouvant être exhaustif dans ce défilé de divinités gauloises, nous terminerons
notre énumération par l’Hercule gaulois : Ogmios. N’ayant ni la jeunesse ni la force de
son modèle g